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n° 34 - La distinction entre sexe et
genre.
Une histoire entre biologie et culture
Coordonné par Ilana
Löwy et Hélène Rouch
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Sommaire |
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Dossier :
La distinction entre sexe et genre. Une
histoire entre biologie et culture ————————— |
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Ilana Löwy
et Hélène Rouch
Genèse et développement du genre : les sciences et les origines de
la distinction
entre sexe et genre (Introduction)
Lire l'introduction au format pdf
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Ivan
Crozier
La sexologie et la définition du « normal » entre 1860 et 1900
Résumé
Abstract
Notice biographique |
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Christiane
Sinding
Le sexe des hormones : l’ambivalence fondatrice des hormones sexuelles
Résumé Abstract
Notice biographique |
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Jean-Paul
Gaudillière
La fabrique moléculaire du genre : hormones sexuelles, industrie et
médecine avant la pilule
Résumé Abstract
Notice biographique |
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Ilana Löwy
Intersexe et transsexualités : les technologies de la médecine et la
séparation du sexe biologique du sexe social
Résumé Abstract
Notice biographique |
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Hélène Rouch
La différence des sexes chez Adrienne Sahuqué et Simone de
Beauvoir : leur lecture des discours biologiques et médicaux
Résumé Abstract
Notice biographique |
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Irène Jami
Sexe et genre : les débats des féministes dans les pays anglo-saxons
(1970-1990)
Résumé Abstract
Notice biographique |
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Maneesha
Lal
Sexe, genre et historiographie féministe contemporaine : l’exemple
de l’Inde coloniale
Résumé Abstract
Notice biographique |
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Laurence Tain
Corps reproducteur et techniques procréatives : images, brouillages,
montages et remue-ménage
Résumé Abstract
Notice biographique |
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Hors-champ
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Françoise
Bloch et Monique Buisson
Mesures politiques et division sociale du travail entre femmes : la
garde des enfants par les assistantes maternelles
Résumé Abstract
Notice biographique Bloch
Notice biographique Buisson |
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Notes de lecture
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— Marie Pezé.
Le deuxième corps (2002) (Roland Pfefferkorn)
— Gayle
S. Rubin, Judith Butler. Marché au sexe (2002) (Pascale Molinier)
— Les Temps
modernes « Présences de Simone de Beauvoir » (2002) (Christine Delphy)
— Thierry Blöss
(ed). La dialectique des rapports hommes-femmes (2001) (Agathe
Gestin)
— Margaret
Maruani. Les mécomptes du chômage (2002) (Helena Hirata)
— Alain Bihr,
Roland Pfefferkorn. Hommes-femmes. Quelle égalité ?
(2002) (Josette
Trat)
— Emmanuelle
Lévy (ed). Vous avez dit « public » ? (2001) (Pierre Tripier)
— Pascale
Vielle. La sécurité sociale et le coût indirect des
responsabilités familiales. Une approche de genre (2001) (Liane Mozère)
— Actuel Marx
« Les rapports sociaux de sexe » (2001) (Anne-Marie Devreux)
— Michèle
Riot-Sarcey. Histoire du féminisme (2002) (Françoise Picq). |
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Cahiers du Genre, n° 34 - 264 pages |
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Résumés
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Ivan
Crozier
—
La sexologie et la définition du « normal » entre 1860 et 1900
Cet article décrit dans ses grandes
lignes le développement de la sexologie, en en résumant les
contributions essentielles. Il montre que le souci de définir
l’instinct sexuel dit « normal », et de cataloguer les variations par
rapport à cette norme est au cœur des textes de sexologie. Ce n’est
pas toujours la lecture qui en a été faite, toutefois. Beaucoup
d’individus « pervers » les ont lus pour façonner autrement leurs
propres vies et leurs propres pratiques, en recourant au discours de
la science afin d’essayer d’établir une nouvelle caractérisation du
« normal ». En ce sens, le développement de la sexologie a permis de
redéfinir la sexualité normale de deux façons.
[— p. 17-37]
Christiane Sinding
—
Le sexe des hormones : l’ambivalence fondatrice des hormones sexuelles
Les hormones sexuelles ont été inventées
à la fin du
XIXe
siècle
comme
un élixir de vie d’origine
masculine. Mais ce sont les effets thérapeutiques d’autres hormones
qui validèrent aux yeux de la
communauté
scientifique l’existence
de ces nouvelles
molécules.
Obéissant
au modèle culturel dominant de l’existence
de deux sexes bien distincts,
les
biologistes
affirmèrent qu’il existait des hormones
« masculines »
agissant sur les organes considérés comme
masculins,
et
des hormones
« féminines »
agissant sur les caractères « féminins ».
Quand
on s’aperçut que les hormones
masculines pouvaient avoir des effets
« féminisants »
sur
certains organes féminins
et réciproquement,
on
préféra mettre en doute le sexe des sujets testés
plutôt que de remettre en cause le modèle binaire des sexes.
Ce n’est que vers les années 1980
que certaines féministes et minorités sexuelles remirent en
question le modèle biologique binaire des sexes.
La pilule
contraceptive
fut inventée comme un outil de « libération des femmes », mais aussi
de régulation des taux de naissance
destiné aux pays
surpeuplés et pauvres. Des
hormones
sexuelles
sont utilisées chez des sujets sains, comme les sportifs, pour
améliorer leurs performances
physiques. Les
hormones furent donc inventées comme agents doubles, destinés à
soigner
des malades, mais aussi à transformer des sujets sains.
[— p. 39-56]
Jean-Paul Gaudillière —
La fabrique moléculaire du genre : hormones sexuelles, industrie et
médecine avant la pilule
L’histoire
des hormones sexuelles est le plus souvent discutée en référence à
l’invention de la pilule dans les années d’après-guerre. La
molécularisation des sexes a toutefois été beaucoup plus précoce, plus
complexe et plus contradictoire que cette vision ne le laisse penser.
Parce qu’elle a fait intervenir tout à la fois une recherche
biomédicale de haut niveau, une industrie pharmaceutique puissante et
la biopolitique du régime nazi, la configuration allemande offre un
terrain privilégié pour interroger les dynamiques de cette fabrique
moléculaire du genre. Centré sur les rapports entre biologistes,
industriels producteurs d’hormones et médecins spécialistes de la
reproduction, cet article aborde trois aspects différents de
l’histoire des stéroïdes sexuels avant la pilule : l’idée d’un
continuum des sexes biologiques et les discussions qu’elle a
suscitées, la médicalisation de la stérilité féminine et de la
ménopause, et les multiples usages de la testostérone.
[— p. 57-80]
Ilana Löwy —
Intersexe et transsexualités : les technologies de la médecine et la
séparation du sexe biologique du sexe social
Le sexe
social est construit sur un mode binaire. Par contre, le sexe
biologique se présente comme un continuum, avec, aux deux extrêmes,
les « sexes biologiques » clairement définis et, au milieu, une large
gamme de situations inter-médiaires — des individus « intersexe ». De
tels individus remettent en cause nos certitudes sur la stabilité des
catégories « homme » et « femme ». Cet article trace l'histoire des
interventions médicales ayant pour but de corriger l'anomalie de
l'intersexe et de produire des êtres humains dont le corps ne remet
pas en cause la bipolarité du féminin et du masculin. Il suit les
débats sur les liens supposés entre intersexualité et homosexualité
puis expose la transition du traitement de l'intersexualité à celui de
la transsexualité. Il étudie enfin le rôle des nouvelles techniques de
la médecine dans la séparation entre le « sexe » et le « genre ». La
possibilité de moduler les paramètres du « sexe biologique » permet
alors une réflexion sur le « sexe social » comme variable indépendante
des structures biologiques. [—
p. 81-104]
Hélène Rouch
—
La différence des sexes chez Adrienne Sahuqué et Simone de Beauvoir :
leur lecture des discours biologiques et médicaux
Le début du XXe
siècle voit l’apparition de nouvelles disciplines telles
l’endocrinologie, la génétique, la biochimie, dont les apports,
conjugués à ceux de la zoologie, de l’anatomie, de l’embryologie, vont
conduire à l’émergence d’une véritable science de la reproduction. On
peut suivre cette évolution, en France, en particulier dans ses
rapports avec le contexte sociohistorique, au travers des lectures que
font des écrits scientifiques deux auteures aux convictions
féministes, Adrienne Sahuqué (Les Dogmes sexuels, 1932) et
Simone de Beauvoir (Le Deuxième sexe, 1949). Bien qu’elles
n’utilisent pas les mêmes sources et que leur examen de la
littérature scientifique sur la différence des sexes ne leur inspire
pas toujours les mêmes analyses, toutes deux s’accordent sur la
nécessaire distinction entre le sexe et le genre. La confrontation de
leurs positions montre qu’elles anticipent les débats actuels sur les
contenus et les rapports de ces deux notions.
[— p. 105-125]
Irène Jami
—
Sexe et genre : les débats des féministes dans les pays anglo-saxons
(1970-1990)
Du début des années
soixante-dix au début des années quatre-vingt-dix, l’élaboration
théorique et les débats des féministes de langue anglaise ont, pour
une large part, porté sur la définition du genre. La conceptualisation
de la distinction entre sexe et genre permet d’historiciser les
attributs sociaux résultant de l’identité de « femme », et d’envisager
de s’en libérer.
Dans le contexte politique et intellectuel des années soixante-dix, le
poids du marxisme s’est traduit par une polarisation vers une
définition du genre comme
constitutif d’un rapport de domination, intégré dans un système
dont on tente d’explorer les rapports avec le système capitaliste dont
il s’agit de s’émanciper. Les années quatre-vingt se sont distinguées
par le développement de nouvelles approches influencées, notamment,
par la réflexion sur les identités, le postmodernisme et le
linguistic turn.
Mais où situer la limite entre « nature » et « culture », entre
« inné » et « acquis » ; comment distinguer ce qu’il faut imputer au
« sexe » et donc tenir pour immuable, et ce qui relève du « genre »,
et serait donc justiciable d’une volonté politique ? Deux approches
différentes, celle des féministes matérialistes et celle des
postmodernistes ont abouti au même renversement de perspective : ce
n’est pas le sexe, donnée biologique invariante, qui fonde la
construction sociale du genre, mais le genre qui crée le sexe.
[— p. 127-147]
Maneesha Lal
—
Sexe, genre et historiographie féministe contemporaine : l’exemple de
l’Inde coloniale
Quand les
études postcoloniales commencèrent à atteindre une certaine visibilité
dans le monde universitaire anglophone, la distinction entre « sexe »
et « genre » était déjà assez bien établie
dans la pensée féministe anglophone. Toutefois, les
chercheurs
—
particulièrement ceux qui travaillaient
sur l’Inde coloniale
—,
qui essayaient d’intégrer les apports des études postcoloniales et des
études féministes,
se sont montrés
peu intéressés
à
aborder les questions du
« sexe ». Ils ont plutôt contesté la notion
de
« sororité universelle »,
fondée
sur les similarités biologiques
présumées
parmi les femmes. Influencées
par les
politiques
multiculturalistes
et identitaires
dans des pays comme les États-Unis
et la Grande-Bretagne,
ainsi que par le mouvement féministe en Inde, les chercheuses
féministes ont souligné
que
les femmes
—
et, dans les
travaux
plus récents,
les hommes
— se positionnent
différemment
selon des
critères comme ceux de
la race, la classe, la caste, la religion, la sexualité, la langue, la
nation et la région.
Cet essai historiographique commence par résumer brièvement
la genèse des études postcoloniales et leurs
relations avec les études de genre, d’une part,
et la pratique historique, de l’autre.
Il présente, ensuite,
quelques travaux récents
traitant de la maternité et de la masculinité en Inde coloniale. Cet
article vise à montrer comment ces travaux ont contribué à
l'élaboration du concept de genre, en l'articulant avec d'autres
relations de pouvoir ainsi qu'à la déconstruction des oppositions
ancestrales entre colonie et métropole, Orient et Occident, tradition
et modernité.
[— p. 149-169]
Laurence Tain
—
Corps reproducteur et techniques procréatives : images, brouillages,
montages et remue-ménage
C'est la fabrication du corps
reproducteur dans le contexte actuel des techniques médicales de
procréation qui est l'objet de cette contribution. Trois dimensions de
cette production du corps envisagée comme un processus à la fois
biologique et social en constant réaménagement, sont abordées
successivement ici : l'image dessinée par la recherche scientifique ;
l'ancrage dans la standardisation hospitalière ; le montage social
découlant des réglementations. L'observation de différents indicateurs
du système de genre dans chacun de ces registres — les attributs
masculins et féminins, le siège de la reproduction, le système de
sexualité — incite à conclure à une reproduction des rapports de
genre. Néanmoins, on assiste simultanément à une plasticité
corporelle, à un brouillage des catégories impliquant de nouvelles
tensions : rien ne paraît donc définitivement joué dans les
combinaisons potentielles des rapports sociaux entre hommes, femmes,
chercheurs et médecins. [— p. 171-192]
* * *
Françoise Bloch et Monique Buisson
—
Mesures politiques et division sociale du travail entre femmes : la
garde des enfants par les assistantes maternelles
Depuis le début des années
quatre-vingt-dix, certaines mesures politiques concernant les modes de
garde de la petite enfance ont favorisé le développement de l’accueil
individuel au détriment de l’accueil collectif, plus coûteux pour les
collectivités publiques. Cet article analyse, en termes de division
sociale du travail entre femmes, les effets induits par les aides
financières attribuées aux parents utilisant les services d’une
assistante maternelle agréée. Ces aides facilitent la « conciliation »
entre activité professionnelle et vie familiale de certaines femmes,
les mieux insérées sur le marché de l’emploi mais surtout les
plus solvables. A contrario, elles ne permettent pas à celles
qui sont les moins solvables et les plus soumises à la flexibilité et
à la précarité de l’emploi d’avoir recours à un tel mode de garde. De
plus, les assistantes maternelles se trouvent confinées dans une des
activités les plus féminisées et les plus précaires, qui relève de la
catégorie des emplois aidés et qui inscrit ces femmes dans un rapport
individuel à leur employeur. L’institution d’un tel rapport social
n’est pas sans effet sur la conception de cette relation de service.
[— p. 193-216]
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Abstracts
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Yvan
Crozier —
Sexology and the
definition of « normal » between 1860 and 1900
This paper paints a broad picture of the
development of the field of sexology, summarizing many of the
important contributions. It shows that the central concern of
sexological writing was to establish the so-called normal sexual
impulse, as well as to catalogue variance from this norm. Not all
sexological texts were read in this way, however. Many « perverse »
individuals read sexological texts in such a way as to reshape their
own lives and their own practices, and utilised the rhetoric of
science in an attempt to establish a new specification of « normal ».
In this sense, the development of sexology redefined normal sexuality
in two ways. [— p. 17-37]
Christiane Sinding
— The sex of hormones:
the original founding
ambivalence of sexual hormones
Sexual hormones were founded at the end of the 19th century as a
masculine elixir of life. But it was the therapeutic effects of other
hormones that validated the existence of these new molecules in the
eyes of the scientific community. Following the dominant cultural
model of two quite distinct sexes, biologists stated that there were
« masculine »
hormones acting on the so-called masculine organs, and
« feminine »
hormones acting on feminine characteristics. When it was noted that
masculine hormones could have « feminizing »
effects on certain feminine organs and the inverse, there was a
tendency to question the sex of the subjects tested rather than the
binary model of the sexes. The contraceptive pill was invented as a
tool for « women’s
liberation » but also
for the regulation of the birth rate in over-populated and poor
countries. Sexual hormones are used in healthy subjects, such as
sportsmen and women, to improve their physical performance. Hormones
were thus invented as double agents, to cure the sick but also to
change the healthy. [— p. 39-56]
Jean-Paul Gaudillière
—
Molecular gender-building: sexual hormones,
industry and medicine before the pill
The history of sexual hormones is usually discussed with reference to
the invention of the pill in the postwar years. The molecularization
of the sexes in fact was much earlier, more complex and more
contradictory that this vision implies. The German experience, which
brings into play the action of high-level biomedical research, a
powerful pharmaceutical industry and the biopolitics of the Nazi
regime is particularly interesting for this study of molecular gender
building. Focused on the relations between biologists, industrial
producers of hormones and doctors specialized in reproduction, this
article deals with three different aspects of this history of sexual
steroids before the pill: the idea of a continuum of biological sexes
and the discussions that this provoked; the medicalization of female
sterility and the menopause, and the multiple uses of testosterone.
[— p. 57-80]
Ilana Löwy —
Intersex and
transexualities. Medical technologies and the separation of biological
sex from
social sex
Social sex is constructed on a binary model. Biological sex on the
other hand appears as a continuum, with the
clearly defined « biological sexes » at each end and in the middle a
broad range of intermediate situation — of « intersex » individuals.
Such individual challenge our certitudes on the stability of the
categories « women » and « men ». This article sketches the history of
medical interventions intended to
correct intersexual anomalies and produce human beings whose bodies
did not challenge
masculine/feminine bipolarity. It follows the discussions
on the supposed link between
intersexuality and homosexuality and then describes the shift
in treatment from intersexuality to transexuality. Then it looks at
the role of new medical technology in the separation
between « sex » and « gender ». The
possibility of shaping the parameters of the « biological sex »
makes it possible to consider the « social sex » as an independent
variable from the biological structures.
[— p. 81-104]
Hélène Rouch
—
The difference of the sexes in Adrienne Sahuqué and
Simone de Beauvoir: their reading of biological and medical work
The beginning of the 20th century saw the emergence of new disciplines
such a endocrinology, genetics and bio-chemistry, whose contribution
along with those of zoology, anatomy and embryology, created the
conditions for the development of a real science of reproduction. We
can follow this evolution, in France, particularly in its
relationship to the
socio-historical context, by the readings of scientific
works by two feminist authors
Adrienne Sahuqué (Les Dogmes sexuels 1932) and Simone de
Beauvoir (The Second Sex, 1949). Although they do not use the
same sources and their study of scientific literature on sexual
difference does not always lead to the same analysis, they agree on
the necessary distinction between sex and gender. Comparing their
positions show that they were precursors to the current debates on the
content and relationship of these two notions.
[— p. 105-125]
Irène Jami —
Sex and genderfeminist debates in
English-speaking countries (1970-1990)
From the beginning, of the 1970s to the beginning of the 1990s, a good
part of the theoretical elaboration and discussions of
English-speaking feminists concerned the definition of gender. The
conceptualization of the distinction between sex and gender made it
possible to give a historical content to the social attributes
resulting from « women’s »
identity and to imagine freeing women from it. In the political and
intellectual context of the 1970s, the influence of Marxism was
expressed in a polarization towards a definition of gender as being
part of a relation of domination, integrated into a system whose links
with the capitalist system — from which it was necessary to be
emancipated — had to be explored. The 1980s were marked by the
development of new approaches, influenced by new thinking on questions
of identity, postmodernism and the linguistic turn. But where is the
frontier between « nature »
and « culture »,
between « innate »
and « learnt »;
how to differentiate between that which is attributable to
« sex »
and therefore unchanging, and that which is a question of
« gender »
and therefore subject to political will? Two different approaches,
materialist feminists and postmodernists, reached the same reversal
of perspective: it is not sex, the unchanging biological fact, which
is the basis of the social construction of gender, but gender that
creates sex. [— p. 127-147]
Maneesha Lal
— Sex, gender and contemporary feminist
historiography: the example of colonial India
When postcolonial studies began to achieve a certain visibility in the
anglophone academy, the distinction between « sex » and « gender » was
fairly well established in anglophone feminist thought. Scholars,
particularly those working on colonial India, who sought to integrate
the insights of postcolonial and feminist studies proved little
interested in pursuing questions
concerning « sex ». Indeed they challenged notions of
« universal sisterhood » based on presumed biological similarities of
sex among women. Influenced by the politics of multiculturalism and
identity in countries such as the United States and Great Britain as
well as by the feminist movement in
India, feminist scholars emphasized instead the numerous ways
in which women — and, in more recent scholarship, men — were
positioned differently in colonial India according to such criteria as
race, class, caste, religion, sexuality, language, nation, and region.
This historiographical essay presents a brief overview of the genesis
of postcolonial studies and its relations
to gender scholarship and
historical practice before turning to a presentation of some
recent works focusing on the topics of maternity and masculinity in
colonial India. It aims at showing how these works have contributed to
the elaboration of the concept of gender in articulating it with other
relations of power as well as to the dismantling of long-standing
oppositions between colony and metropole, Orient and Occident, and
tradition and modernity. [—
p. 149-169]
Laurence Tain —
Reproductive body and
reproductive technologies: images, interferences and upheavals
The subject of this contribution is the fabrication of the
reproductive body in the current context of medical reproductive
technologies. Three dimensions of this production of the body, seen as
a constantly changing both biological and social process, are dealt
with here: the image created by scientific research, the anchoring of
this in hospital standardization, and the social construction flowing
from the regulations in force. The observation of the different
indicators of gender in each of these fields — the masculine and
feminine attributes, the location of reproduction, the systems of
sexuality — leads us to conclude a reproduction of gender relations.
Nevertheless we see at the same time a plasticity of the body, a
blurring of categories implying new tensions: nothing therefore seems
to be conclusively fixed in the potential combination of social
relations between men, women, scientists and doctors. [—
p. 171-192]
* * *
Françoise Bloch and
Monique Buisson — Political measures and social division of labor between women:
childcare by childminders
Since the beginning of the 1990s, government policy concerning forms
of childcare has encouraged the growth of individual rather than
collective forms of care, which is more expensive for the public
authorities. This article analyses, in terms of social division of
labor between women, the effects created by the financial help given
to parents using the services of a registered childminder. These
helpers make the « conciliation » between professional and domestic
responsibilities easier for certain women, those who are better
integrated into the labor market, but above all those who are better
off. On the other hand they do not help the less well-off and those
who are most subject to flexibility and casualization of the job
market to use this form of childcare. In addition childminders find
themselves confined to one of the most feminized and casualized forms
of employment, which are in the category of assisted job creation,
installing these women in an individual relationship with their
employer. The creation of such social relations is not neutral for the
conception of this service relation.
[— p. 193-216]
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Auteur-e-s
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Françoise Bloch est
sociologue au Groupe de recherche sur la socialisation (GRS), unité du
CNRS associée à l’université Lyon 2. Ses travaux portent sur le lien
social familial — ancré dans une dynamique du don, de la dette et des
processus de filiation — et son articulation avec les trajectoires
sociales et la transformation des pratiques sociales.
Ses derniers travaux de recherche sont
centrés sur la garde des enfants.
— (1999). « La disponibilité à l’enfant : le don et la norme » (avec
Monique Buisson). Recherches et prévisions, n° 57/58.
— (2000). « L’obligation alimentaire : entre don, équité, égalité »
(avec Monique Buisson). Droit et société, n° 31.
Monique Buisson
est sociologue au Groupe de recherche sur la socialisation (GRS),
unité du CNRS associée à l’université Lyon 2. Ses recherches portent
sur ce qui fonde le lien social familial dans la dimension verticale
des relations intergénérationnelles comme dans la dimension
horizontale des relations de couple, ainsi que sur
l’articulation entre la vie familiale et la vie professionnelle.
Récemment, elle a réalisé, avec Françoise Bloch, une recherche sur la
garde des enfants, analysée du point de vue des parents et des
professionnelles.
— (1992). « Prendre soin de ses petits-enfants : c'est donner,
recevoir et rendre » (avec Françoise Bloch). Revue internationale
d'action communautaire, n° 28/68.
— (1994). « La circulation du don entre générations ou comment
reçoit-on ? » (avec Françoise Bloch). Communications, n° 59.
Ivan Crozier est chercheur au Wellcome Institute for the
History of Medicine, University College à Londres. Il est par ailleurs
maître assistant au Collège européen des arts libéraux de Berlin.
L’histoire de la sexologie — histoires de cas, théories, praticiens —,
à laquelle il a d’abord consacré l’essentiel de ses recherches, l’a
progressivement amené à s’intéresser au rapport établi au XIXe
siècle entre la médecine et le droit, et tout particulièrement à la
notion de la responsabilité criminelle. Il a notamment publié des
articles dans plusieurs revues, dont History of Psychiatry,
History of Science et Medical History.
— (2003). Constructing Sexual Inversion: Havelock Ellis, Sexology,
and Homosexuality, 1850-1915 [à paraître].
Jean-Paul Gaudillière
est historien des sciences, chargé de recherche à l’Institut
national
de la santé
et de la recherche médicale (INSERM)
et rattaché au Centre de recherche médecine, sciences, santé et
société (CERMES). Ses travaux portent sur l’histoire des sciences de
la vie à l’époque contemporaine, et en particulier sur les relations
entre biologie, médecine et industrie.
— (2001)
Heredity and Infection: A History of Disease Transmission (avec
Ilana Löwy, eds). New York, Routledge.
— (2002). Inventer la biomédecine. La France, l’Amérique et
la production des savoirs du vivant, 1945-1965. Paris, La
Découverte.
Irène Jami est professeure d’histoire. Elle travaille sur
l’histoire des Women’s et Gender Studies et prépare un
ouvrage d’introduction aux Gender Studies. Elle est membre du
comité de rédaction de la revue Mouvements.
— (2000). Coordination du dossier « Le meccano familial : les nouveaux
enjeux politiques de la vie privée ». Mouvements, n° 8,
mars-avril.
— (2002). Coordination du dossier « Sexe : sous la révolution,
les normes : un projet politique ». Mouvements, n° 20,
mars-avril.
Maneesha Lal est historienne de la médecine et des sciences.
Elle a enseigné à l’université de Pennsylvannie et à l'université de
Wisconsin, Madison, avant de venir en France en 1999. Elle a bénéficié
de bourses postdoctorales du ministère de la Recherche en France et de
la Fondation Wellcome Trust à Londres. Actuellement en train de finir
un ouvrage sur l'histoire des femmes médecins en Inde coloniale, elle
consacre ses recherches à l'histoire de la médecine et à l'histoire
des femmes et du genre en Inde et dans l'Empire britannique. Elle
travaille à l'Institut de recherches avancées de l'Université Columbia
à Reid Hall (Paris).
— (2003). « Purdah as
Pathology: Gender and the Circulation of Medical Knowledge in Late
Colonial India ». In Hodges Sarah (ed). Reproductive Health in
India: History, Politics, Controversies. New Delhi, Orient
Longman.
— (2003). « Les féminismes en Inde ». In Gubin Eliane, Jacques
Catherine, Rochefort Florence, Studer Brigitte, Thébaud Françoise,
Zancarini-Fournel Michelle (eds). Le siècle des féminismes.
Paris, L’Atelier [à paraître].
Ilana Löwy est historienne
des sciences, directrice de recherche à l’Institut
national
de la santé
et de la recherche médicale (INSERM)
et rattaché au Centre de recherche médecine, sciences, santé et
société (CERMES). Ses travaux s’intéressent à l’histoire des
« sciences pasteuriennes », à l’histoire de la médecine tropicale,
ainsi qu’à « genre et biomédecine ».
— (1996). Between Bench and Bedside : Science, Healing and
Interleukin-2 in a Cancer Ward. Cambridge, Mass., Harvard
University Press. [Trad. française (2002). Cancer des chercheurs, cancer des
cliniciens. Paris, Archives contemporaines].
— (2001). Virus, moustiques et modernité : la fièvre jaune au
Brésil, entre science et politique. Paris, Archives
Contemporaines.
Hélène Rouch, agrégée de
biologie, est membre du Centre d’études, de documentation et de
recherches sur les études féministes (CEDREF), université Paris
7-Denis Diderot, et codirectrice de la collection « Bibliothèque du
féminisme » (L’Harmattan). Après s’être intéressée aux techniques de
la maîtrise de la reproduction, elle travaille maintenant sur la
question genre et science et plus particulièrement sur les rapports
des féministes françaises du XXe
siècle aux textes scientifiques sur la différence des sexes.
— (1995). « Les NTR : vers l’indifférenciation sexuelle ». In Ducros
Albert, Panoff Michel (eds). La frontière des sexes. Paris,
PUF.
— (2002). « Acquis scientifiques et avancées féministes : Simone de
Beauvoir, Suzanne Lilar, Adrienne Sahuqué ». Les Temps modernes,
n° 619, juin-juillet.
Christiane Sinding
est médecin,
historienne des
sciences
et directrice de recherche
à l’Institut
national
de la santé
et de la recherche médicale (INSERM).
Ses travaux portent sur l’histoire de l’endocrinologie.
Elle prépare un ouvrage sur l’histoire
de l’innovation thérapeutique dans le diabète sucré.
— (1989).
Une utopie médicale. « La sagesse du corps » d'Ernest Starling, 1989.
Arles, Actes
Sud.
— (1991).
Le clinicien
et le chercheur.
Des grandes maladies de carence à la médecine moléculaire, 1880-1980.
Paris, PUF.
Laurence Tain est démographe-sociologue après une formation
universitaire à la recherche dans ce domaine et aussi en
mathématiques pures. Elle est aujourd'hui maîtresse de conférences en
sociologie et membre du Centre d'études démographiques à l'université
Lumière-Lyon 2. Cette trajectoire pluridisciplinaire l'a conduite à
s'intéresser à la fabrication sociale des sciences et des techniques,
notamment aux femmes mathématiciennes et, plus récemment, à
l'expérience de la fécondation in vitro. Ses travaux actuels
portent principalement sur les liens entre le corps, le genre et les
techniques médicales.
— (2001). « L'hôpital, la femme et le médecin : la construction des
trajectoires de fécondation in vitro ».
Population, vol. 56, n° 5. [Trad.
anglaise (2002). « The Hospital, the Woman and the Physician: The
Construction of In Vitro Fertilization Trajectories ». Population-E,
vol. 57, n° 2].
— (2003). « Health Inequality and Users'
Risk Taking: A Longitudinal Analysis in a French Reproductive
Centre ». Social Science and Medicine.
Cahiers du Genre
ISSN : 1165-3558 n° 36
ISBN : 2-7475-4601-2 |
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