|
|
n° 39/2005 -
Féminisme(s) : penser la pluralité
Coordonné par
Dominique Fougeyrollas-Schwebel,
Éléonore
Lépinard et Eleni Varikas
|
|
|
| |
La centralité théorique donnée à
l’antagonisme de sexe tend à obscurcir les autres rapports de pouvoir
qui traversent le groupe des femmes. Ce numéro aborde une des
dimensions longtemps délaissées par le féminisme en France :
l’imbrication des dominations sexiste et raciste. Pour ce faire, il
procède à une confrontation avec d’autres expériences politiques et
contributions théoriques, notamment celles du black feminism. |
| |
|
| |
Sommaire |
 |
Dossier :
Féminisme(s) : penser la pluralité
————————————————————————————— |
| |
Dominique
Fougeyrollas-Schwebel, Éléonore Lépinard et Eleni Varikas
Introduction
Lire l'introduction au format pdf
Notice biographique Fougeyrollas-Schwebel
Notice biographique Lépinard
Notice biographique Varikas |
| |
Dominique Fougeyrollas-Schwebel
Controverses et anathèmes au sein du féminisme français des années
1970
Résumé
Abstract
Notice biographique |
| |
Nancy Fraser
Multiculturalisme, anti-essentialisme et démocratie radicale. Genèse
de l’impasse actuelle de la théorie féministe
Résumé Abstract
Notice biographique |
| |
Kimberlé Williams Crenshaw
Cartographies des marges : intersectionnalité, politique de
l’identité et violences contre les femmes de couleur
Résumé Abstract
Notice biographique |
| |
Elsa Dorlin
De
l’usage épistémologique et politique des catégories de « sexe » et
de « race » dans les études sur le genre
Résumé Abstract
Notice biographique |
 |
Éléonore Lépinard
Malaise dans le concept. Différence, identité et théorie féministe
Résumé Abstract
Notice biographique |
| |
Sonia Dayan-Herzbrun
Détours et transgressions : une approche des rapports de genre
Résumé Abstract
Notice biographique |
| |
|
| |
Hors-champ
——————————————————————————————————————————————— |
 |
Ludovic Gaussot
Des rapports
sociaux de sexe à la connaissance de ces rapports : une vertu
cognitive de la non-conformité ?
Résumé Abstract
Notice biographique |
| |
Carme Alemany Gómez et Carmen Mozo González
Offenses, défenses et silences. Les conduites des femmes devant le
harcèlement sexuel sur le lieu de travail
Résumé Abstract
Notice biographique
Carme
Alemany
Gómez
Notice biographique
Carmen
Mozo
González |
|
|
María-Angeles Durán
Le
travail non rémunéré des familles
Résumé Abstract
Notice biographique |
| |
|
 |
Notes de lecture
—————————————————————————————————————————————
—
Valeria Ribeiro Corossacz.
Identité
nationale et procréation au Brésil. Sexe, classe, race et
stérilisation féminine
(Anne-Marie Devreux)
— Sylvia Faure
et Marie-Carmen Garcia. Culture hip-hop, jeunes des cités et
politiques publiques (Bruno Péquignot)
—
Cynthia Cockburn & Duvravka
Zarkov (eds).
The Postwar Moment.
Militaries, Masculinities and International Peacekeeping.
Bosnia and the
Netherlands
(Gabrielle Varro)
— Clarisse Fabre
et Éric Fassin. Liberté,
égalité, sexualités. Actualité politique des questions
sexuelles (Ilana Löwy)
— Geneviève Sellier et Éliane Viennot (eds). Culture d’élite,
culture de masse et différence des sexes (Marie-Hélène
Zylberberg-Hocquard)
— Gabrielle Varro. Sociologie
de la mixité. De la mixité amoureuse aux mixités
sociales et culturelles (Madeleine Rebaudières)
— Philippe
Cardon. Des femmes et des fermes. Genres, parcours biographiques
et transmission familiale
(Pierre Tripier)
— Claire Cossée, Emmanuelle
Lada et Isabelle Rigoni. Faire figure d’étranger. Regards
croisés sur la production de l’altérité (Katia Vladimirova)
— Jacqueline
Laufer, Catherine Marry et
Margaret Maruani (eds). Le travail du genre. Les sciences
sociales du travail à l’épreuve de la différence des sexes
(Roland Pfefferkorn)
— Josette Coenen-Huther.
Femmes au travail, femmes au chômage (Liliana
Rolfsen Petrilli Segnini)
—
Marie-Élisabeth Handman et Janine Mossuz-Lavau (eds). La
prostitution à Paris (Carole Gayet-Viaud)
[Notes de lecture — p. 221-252] |
 |
| |
|
| |
|
| |
Les Cahiers du Genre ont reçu
—————————————————————————————————————
Ouvrages
Revues
|
| |
|
| |
Cahiers du Genre, n° 39 — 270
pages — novembre 2005 |
| |
|
| |
|
 |
————————————————————————
Résumés
———————————————————————
|
| |
Dominique Fougeyrollas-Schwebel —
Controverses et anathèmes au sein du féminisme français des années
1970
Dans les années
1970, la théorie marxiste est le point de référence obligatoire des
groupes militants politiques de gauche et d’extrême gauche et c’est
dans ce contexte qu’il faut analyser les positions politiques et
théoriques du féminisme. En effet, l’opposition entre le groupe des
Féministes matérialistes et le groupe Psychanalyse et politique,
analysée sous le seul argument universalisme versus
différentialisme, masque le fait que les divisions qui s’opèrent sont
corrélatives aux débats de l’époque entre marxistes. De même, les
scissions qui se produisent au sein du collectif Questions
féministes en 1980 doivent également se comprendre à la lumière de
cet arrière-plan marxiste. L’objectif de cet article est ainsi
d’éclairer ce contexte singulier du féminisme en France.
[—
p. 13-26]
Féminismes —
Marxismes —
Domination masculine — Différences des sexes — Lesbianisme
Nancy Fraser —
Multiculturalisme, anti-essentialisme et démocratie radicale.
Genèse de l’impasse actuelle de la théorie féministe
En retraçant
l’histoire des débats sur la « différence » qui ont occupé le
mouvement féministe depuis les années soixante jusqu’à aujourd’hui,
cet essai analyse les impasses actuelles et ouvre une autre
perspective. En effet, la discussion, d’abord centrée sur l’opposition
« égalité-différence », a connu une seconde phase concernée par les
« différences entre femmes » pour enfin parvenir au troisième stade
actuel, occupé par le thème des « différences croisées multiples »
(genre, « race », classe et sexualité). Aucune des positions
idéologiques les plus avancées, c’est-à-dire l’anti-essentialisme et
le multiculturalisme, ne permet d’opérer une distinction pertinente
entre les revendications identitaires qui sont démocratiques et celles
qui ne le sont pas, entre les différences justes et les différences
injustes. De ce fait, aucune de ces positions ne peut servir de
fondement à une politique féministe viable. Ni l’une ni l’autre n’est
capable d’établir un lien entre une orientation culturelle fondée sur
l’identité et la différence, d’une part, et une politique sociale de
justice et d’égalité d’autre part. Je propose donc en conclusion de
passer à une autre phase du débat sur la différence qui viserait à
lier l’orientation politique fondée sur la différence culturelle à une
politique d’égalité sociale.
[—
p. 27-50]
Démocratie radicale — Intersection —
Féminismes — Théorie féministe — Multiculturalisme — États-Unis
Kimberlé Williams Crenshaw —
Cartographies des marges : intersectionnalité, politique de
l’identité et violences contre les femmes de couleur
Les discours féministes et antiracistes
contemporains n’ont pas su repérer les points d’intersection du
racisme et du patriarcat. Face à ces difficultés, cet article propose
une approche originale : l’intersectionnalité. La première partie
traite de l’intersectionnalité structurelle — de la manière dont le
positionnement des femmes de couleur, à l’intersection de la race et
du genre, rend leur expérience concrète de la violence conjugale, du
viol et des mesures pour y remédier qualitativement différente de
celle des femmes blanches. La seconde partie porte sur
l’intersectionnalité politique : notamment la marginalisation de la
question de la violence contre les femmes de couleur induite par les
politiques féministes et antiracistes. Enfin, l’article conclut par
l’examen des conséquences de l’approche intersectionnelle dans le
champ plus large de la politique de l’identité contemporaine.
[—
p. 51-82]
Intersectionnalité — Violences contre les
femmes — Féminisme — Black Feminism — Racisme — Politiques
identitaires — États-Unis
Elsa Dorlin —
De l’usage épistémologique et politique des catégories de « sexe »
et de « race » dans les études sur le genre
À partir d’une réflexion sur le black
feminism, cet article traite de l’articulation entre domination de
genre et racisme, en tant qu’elle constitue l’un des enjeux théoriques
et politiques les plus importants du féminisme anglo-saxon : dans
quelle mesure l’expérience de la ségrégation raciste modèle celle du
sexisme et met à mal l’unité politique du féminisme ? Si le sujet
idéologique « femme » a implosé sous la critique du patriarcat, qu’en
est-il du sujet politique du féminisme lui-même, « Nous les femmes » ?
Notre thèse consiste à montrer comment les discours de la domination
mettent à disposition des groupes opprimés des cadres anhistoriques
qui réifient sans cesse ces mêmes groupes, jusque dans leurs
affirmations positives. Dans ces conditions, en voulant
déessentialiser le sujet du féminisme, « les femmes », le risque est
de le renaturaliser en une myriade de sous-catégories (les femmes
noires, les femmes voilées, les femmes migrantes…) qui deviennent des
préalables aux luttes. De notre capacité à révéler l’historicité de
l’entremêlement des catégories de « sexe » et de « race » et à user de
techniques de tumultes à même d’inventer un autre langage politique,
dépend notre capacité d’agir et de se penser comme sujets politiques
en devenir.
[—
p. 83-105]
Féminismes — Black Feminism — Domination —
Intersectionnalité — Colonialisme — Postcolonialisme — Résistances —
États-Unis
Éléonore Lépinard —
Malaise dans le concept. Différence, identité et théorie féministe
Si la question de
la différence a historiquement été centrale au projet féministe, comme
politique et comme théorie, elle est aujourd’hui insuffisante pour
penser des rapports de genre qui apparaissent, à la lumière de la
critique postcoloniale et des politiques de l’identité, traversés par
d’autres rapports de pouvoir. Toutefois, cette critique semble avoir
des difficultés à émerger en France où l’histoire du mouvement, en
particulier la place qu’y a occupé la question de la lutte des
classes, le lien qu’il a entretenu entre théorie et politique, et
l’histoire du postcolonialisme — ou plutôt son absence — ont participé
à tenir la question de l’articulation entre genre, « race » et
ethnicité à l’écart des revendications et de la théorie féministe.
Cette configuration historique, sociale et théorique a engendré un
certain malaise dans le concept, c’est-à-dire une difficulté à
critiquer les acquis théoriques du féminisme et à déconstruire la
catégorie « femmes », autrement dit le sujet même du féminisme.
[—
p. 107-135]
Féminismes
— Différence — Identité — Théorie féministe — Rapports de pouvoir —
Mouvement féministe — Intersection
Sonya Dayan-Herzbrun —
Détours et transgressions : une approche des rapports de genre
Poser l’universalité de la domination du
masculin sur le féminin en l’assimilant à celle des hommes sur les
femmes voue à l’échec toute visée politique du féminisme comme pensée
et pratique de l’émancipation. Il semble au contraire essentiel de
mettre en évidence les pratiques de résistance trop souvent occultées
par les scientifiques du social. On concevra dès lors la domination
comme une relation, une tension entre deux groupes sociaux ou entre un
individu et un groupe et non plus comme une étape infranchissable de
l’analyse. Il faut aussi distinguer les rituels et les codes, des
pratiques effectives bien plus complexes. Le terrain d’observation et
de mise à l’épreuve de ces hypothèses est le Proche-Orient, et les
pratiques de résistance des Palestiniennes des Territoires occupés
ainsi que des camps du Liban, en prenant en compte l’investissement
politique du privé et en se mettant à l’écoute de ce que disent et
font celles qui sont généralement catégorisées du côté des dominées.
[—
p. 137-151]
Résistances —
Domination — Pouvoir — Patriarcat — Proche-Orient
Ludovic Gaussot —
Des rapports sociaux de sexe à la connaissance de ces rapports :
une vertu cognitive de la non-conformité ?
L’objet de cet
article est l’influence des rapports sociaux de sexe sur la
connaissance de ces derniers. Le fil conducteur est la dette de la
sociologie à l’égard de la pensée féministe et les questions
(sociologiques) que cette dette pose. Il semble admis au sein des
sciences sociales que c’est la transformation des rapports sociaux de
sexe qui a permis — ou contraint — le développement de la
problématique des rapports sociaux de sexe. Il semble moins bien connu
et surtout reconnu que celui-ci n’est pas le produit du fonctionnement
« normal » du champ scientifique. Cet article propose ainsi une
contribution à l’élucidation de la genèse des problématiques de sexe
dans les sciences sociales en interrogeant les conditions sociales de
leur renouvellement.
[—
p. 153-172]
Sociologie de la
connaissance — Épistémologie — Standpoint Theory — Féminisme — Genre —
Rapports sociaux de sexe
Carme Alemany Gómez et Carmen Mozo González —
Offenses, défenses et silences. Les conduites des femmes devant le
harcèlement sexuel sur le lieu de travail
Les enquêtes réalisées en Espagne sur
l’ampleur du harcèlement sexuel au travail montrent que ce phénomène
est plus fréquent que ne l’indique le nombre de plaintes officielles.
Dans cet article — qui s’appuie sur les résultats d’une recherche
réalisée dans trois secteurs d’activité : la banque en Andalousie, la
chimie et la santé en Catalogne — nous analysons en premier lieu les
conduites des femmes devant les comportements masculins qui peuvent
être compris comme du harcèlement sexuel. Ces conduites sont le
produit d’un apprentissage, pas toujours conscient, qui les maintient
surtout dans l’invisibilité. L’effort déployé par les femmes pour
garder sous silence ce type d’agression nous a amenées, ensuite, à
avancer des hypothèses qui pourraient expliquer les raisons de leur
conduite. L’invisibilité du phénomène pose aussi la question des
résistances à ces comportements et interroge les actions qui visent
davantage l’utilisation des dispositifs de type judiciaire que la
prévention du harcèlement sexuel.
[—
p. 173-192]
Harcèlement sexuel — Conditions de travail
— Stratégies — Résistances — Espagne
María-Angeles Durán
—
Le travail non rémunéré des familles
Cet article porte sur le travail non rémunéré effectué au sein du
foyer, qui occupe une place centrale dans l’économie. Loin de se
limiter aux tâches domestiques courantes, il comprend l’ensemble des
soins aux personnes dépendantes (enfants, personnes âgées, malades en
particulier), qu’elles soient membres du ménage ou du réseau familial.
En s’appuyant sur une série d’enquêtes longitudinales menées en
Espagne depuis près d’une décennie, l’auteure montre que ce sont
principalement les femmes mariées de 30 à 59 ans, appartenant aux
catégories sociales les moins favorisées, qui assument les plus
lourdes charges en la matière. Se fondant sur les projections
démographiques liées au vieillissement de la population et à la montée
de l’activité professionnelle féminine, elle présente un modèle —
l’échelle de Madrid — qui permet d’anticiper les mesures à prendre,
sachant que les besoins exponentiels ne pourront être satisfaits que
s’ils sont partagés, externalisés et rémunérés en grande partie.
[—
p. 193-219]
Travail non rémunéré — Famille — Travail
domestique — Division sexuelle du travail — Politiques sociales —
Espagne
|
|
 |
 |
 |
| |
|
| |
|
 |
———————————————————————
Abstracts
———————————————————————
|
|
Feminism(s):
Thinking plurality
Dominique
Fougeyrollas-Schwebel
— Controversies and anathemas in French feminism in the 1970s
In the 1970s Marxism was
the obligatory reference point for the radical political groups of the
left and far left, and it is in this context that the political and
theoretical positions of feminism should be analysed. Analysing the
opposition between the Féministes matérialistes and the
Psychanalyse et politique group simply from the point of view of
the universalism versus difference debate hides the fact that the
divisions which existed are correlated to the debates at the time
between Marxists. In the same way the divisions that occurred within
the collective of Questions féministes in 1980 should also be
understood against this Marxist background. The goal of this article
is thus to shed light on this particular context of feminism in
France.
[—
p. 13-26]
Nancy Fraser
— Multiculturalism, antiessentialism, and radical democracy. A
genealogy of the current impasse in feminist theory
This essay reconstructs
the history of feminist debates about “difference” from the late 1960s
to the present in order to diagnose current impasses and to point the
way beyond them. I chart the shift from a first phase of debate
focused on “equality versus difference” to a second phase focused on
“differences among women” to a third phase, now underway, focused on
“multiple intersecting differences” such as gender, “race”, class, and
sexuality. I argue that the current difference debate is at an
impasse. Neither of the two most advanced positions, antiessentialism
and multiculturalism, can provide a basis for distinguishing
democratic from anti-democratic identity claims, just from unjust
differences. Neither, as a result, can sustain a viable feminist
politics. Both fail to connect a cultural politics of identity and
difference to a social politics of justice and equality. I conclude by
proposing a new phase of debate about difference aimed at connecting
the politics of cultural difference with the politics of social
equality.
[—
p. 27-50]
Kimberlé Williams
Crenshaw —
Mapping the margins: Intersectionality, identity politics, and
violence against women of color
Contemporary feminist and
antiracist discourses have failed to consider the intersections of
racism and patriarchy. To overcome this difficulty, an original
approach is suggested here: that of intersectionality. In the first
part, the paper discusses structural intersectionality, the ways in
which the location of women of color at the intersection of race and
gender makes their real experience of domestic violence, rape, and
remedial reform qualitatively different from that of white women. The
focus is shifted in the second part to political intersectionality,
with the analysis of how both feminist and antiracist politics have
functioned in tandem to marginalize the issue of violence against
women of color. Finally, the implications of the intersectional
approach are addressed within the broader scope of contemporary
identity politics.
[—
p. 51-82]
Elsa Dorlin
— The epistemological and political usage of the “sex” and “race”
categories in gender studies
Starting from a
reflection on Black Feminism this article deals with the
inter-relationship between gender domination and racism as one of the
most important theoretical and political questions in Anglo-Saxon
feminism: how far does racist segregation shape sexist segregation and
create an obstacle to the political unity of feminism? If the
ideological subject “women” has imploded under the impact of the
critique of patriarchy what about the subject of feminism itself “we
women”? Our thesis is to demonstrate how the discourse of domination
provides oppressed groups with ahistorical frameworks that constantly
reify these same groups including in their positive statements. In
these conditions, wanting to “de-essentialise” the subject of
feminism, women runs the risk of renaturalising them in a myriad of
sub-categories (black women, headscarf-wearing women, migrant
women...), which become preconditions to struggles. Our ability to act
and be future political subjects depends on our capacity to reveal the
historicity of the inter-relationship of the categories of “sex” and
“race” and to use chaos techniques capable of inventing another
political language.
[—
p. 83-105]
Éléonore Lépinard
— Difficulty in the concept. Difference, identity and feminist
theory
While the question of
difference has historically been central to the feminist project as
policy and as theory, it is today insufficient to understand the
gender relations which appear in the context of the postcolonial
critique and identity politics that are run through by other power
relations. However it seems to be difficult for this critique to
develop in France where the history of the movement, in particular the
place taken by the question of the class struggle, the link it has
maintained between theory and practice, the history of post
colonialism — or rather its absence — have contributed to keeping the
question of the articulation between gender, “race” and ethnicity
separate from feminist demands and theory. This historical, social and
theoretical configuration has created a certain difficulty in the
concept, that is to say a difficulty to criticise the theoretical
gains of feminism and to deconstruct the category “women”, that is the
subject of feminism itself.
[—
p. 107-135]
Sonia Dayan-Herzbrun
— Detours and transgressions: An approach to gender relations
To pose the universality
of the domination of the masculine over the feminine by assimilating
it to the domination of men over women condemns to failure any
political approach to feminism as a thinking and practice of
emancipation. On the contrary, it seems essential to shed light on the
practices of resistance that are too often hidden by the scientists of
the social. We will then see domination as a relationship, a tension
between two social groups or between an individual and a group and no
longer as a stage in analysis that cannot be traversed. Rituals and
codes also have to be distinguished from effective practices that are
much more complex. The field of observation and testing of these
hypotheses is the Middle East, and the forms of resistance of
Palestinian women in the Occupied Territories as well as in the
Lebanese camps, taking into account the political implication of the
private sphere and by listening to what is said and done by those who
are usually categorised as being among the dominated.
[—
p. 137-151]
* *
*
Ludovic Gaussot
— From gender relations to the knowledge of these relations: A
cognitive virtue of non-conformity?
The subject of this
article is the influence of gender relations on the knowledge of these
latter. The guiding thread is the debt of sociology to feminist
thinking and the (sociological) questions that have allowed — or
forced — the development of the problematic of gender relations. It
seems less well known, and above all recognised, that this is not the
product of the “normal” functioning of an academic discipline. This
article thus proposes a certain elucidation of the sex problematics in
social sciences by questioning the social conditions of their renewal.
[—
p. 153-172]
Carme Alemany Gómez and
Carmen Mozo González
— Offence, defence and silence. Women’s behaviour in relation to
sexual harassment in the work place
The studies made in Spain
on the frequency of sexual harassment at work show that this
phenomenon is more frequent than official complaints imply. In this
article, based on the results of research carried out in three sectors
— banking in Andalusia, chemicals and health in Catalonia —, we
analyse first women’s reactions to masculine behaviour which can be
experienced as sexual harassment. These reactions are the result of an
apprenticeship — not always conscious — that keeps them invisible. The
efforts made by women to keep silent on this type of aggression led us
then to put forward hypotheses that would explain their behaviour. The
invisibility of this phenomenon also raises the question of the
resistances to this conduct and questions the actions that aim for
more use of juridical methods than the prevention of sexual
harassment.
[—
p. 173-192]
María-Angeles Durán
— The unpaid work of families
This article deals with
unpaid work by families, which plays a central role in the economy.
Far from being simply limited to daily domestic tasks it covers all
the care needs of dependants (children, the old and the sick in
particular) whether members of the household or of the extended
family. Based on a series of long-term studies in Spain over almost
ten years, the author shows that it is mainly married women, between
30 and 59 years of age and of the least privileged social layers, who
take on the heaviest burdens. Using demographic projections based on
the aging of the population and the increase in women’s waged work,
she presents a model — the Madrid scale — which makes it possible to
anticipate the measures which should be taken, knowing that the
exponential increase in needs can only be satisfied if they are shared
out, removed from the family and become in large part remunerated
work.
[—
p. 193-219]
|
| |
 |
 |
 |
| |
|
| |
|
 |
———————————————————————
Auteures
————————————————————————
|
| |
Carme Alemany Gómez
est sociologue et dirige le Centre d’études Femme et société (CEDIS)
de Barcelone. Elle est correspondante à l’étranger des Cahiers du
Genre. Ses recherches portent sur « Travail productif et
reproductif » et sur « Technologie et genre ».
— (2000). « Le harcèlement sexuel sur les lieux de travail dans cinq
pays de l’Europe du Sud ». In Commission des Communautés européennes,
DG V. Le harcèlement sexuel sur le lieu de travail dans l’Union
européenne.
— (2001). El acoso sexual en los lugares de trabajo (avec
Véronique Luc et Carmen Mozo González). Madrid, Ministerio de Trabajo
y Asuntos Sociales, Instituto de la Mujer « Serie Estudios », n° 70.
Kimberlé Williams Crenshaw
est actuellement professeure de droit à l’UCLA
et à l’Université Columbia. Ses recherches portent sur les
droits civiques, la théorie du droit du point de vue féministe
noir et les rapports entre race, racisme et droit. Elle a publié dans
les revues de droit : Harvard Law Review, National Black Law
Journal, Stanford Law Review et Southern
California Law Review. Elle est membre fondatrice du réseau de
recherches Critical Race Theory et elle a coédité l’ouvrage de
référence :
— (1995). Critical Race Theory: The Key Documents That
Shaped the Movement. New York, The New Press.
Sonia
Dayan-Herzbrun est
sociologue, professeure à l’UFR
de sciences sociales de l’Université Paris 7-Denis Diderot. Elle est
directrice du Centre de sociologie des pratiques et des
représentations politiques (CSPRP)
et de la revue Tumultes, revue interdisciplinaire sur les
phénomènes politiques contemporains. Ses travaux sur la symbolisation
du politique et sur les logiques de pouvoir au Proche-Orient mettent
en avant la dimension des rapports de genre. Elle a publié cinq
ouvrages, de très nombreux articles, et coédité dix ouvrages
collectifs.
— (2004). Tumultes, n° 23 « Adorno critique de la domination.
Une lecture féministe ».
— (2005). Femmes et politique au Moyen-Orient. Paris,
L’Harmattan « Bibliothèque du féminisme ».
Elsa Dorlin
est maître de conférences en philosophie à l’Université Paris
I-Panthéon-Sorbonne. Elle poursuit ses recherches en histoire
et philosophie des sciences sur genre, médecine et colonialisme, dans
une perspective comparatiste France/Amériques (XVIIe-XXe
siècles) et sur la philosophie féministe.
— (2000). L’évidence de l’égalité des sexes. Une philosophie
oubliée du XVIIe siècle. Paris, L’Harmattan
« Bibliothèque du Féminisme ».
— (2005). « Sexe, genre et intersexualité : la crise comme régime
théorique ». Raisons politiques, n° 18.
Maria-Angeles Durán
est sociologue. Fondatrice de l’Institut universitaire des études sur
les femmes à l’Université autonome de Madrid, elle dirige actuellement
une équipe de recherche au Département d’économie du Conseil supérieur
des recherches scientifiques. Ses principaux champs de recherche
portent sur le travail non rémunéré, mais elle a publié de nombreux
travaux en sociologie de la santé, en urbanisme et en sociologie de
l’art. Parmi ses publications récentes figurent :
— (2003). Los costes invisibles de la enfermedad.
Madrid, Fundación
BBVA.
— (1995). « Invitación al análisis sociológico de la Contabilidad
Nacional ».
Política y sociedad,
n° 19 « El trabajo no monetarizado ».
Dominique Fougeyrollas-Schwebel
est sociologue, chargée de recherche
CNRS,
rattachée à l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences
sociales (IRIS-CREDEP-Université
Paris Dauphine), membre du comité de rédaction des Cahiers du
CEDREF
et des Cahiers du Genre, codirectrice de la collection
« Bibliothèque du féminisme » aux éditions L’Harmattan. Elle mène des
recherches sur « La relation de service : transformations du salariat
et services domestiques » et sur « Nouvelles approches de la violence
et féminisme ».
— (2002). Les violences envers les femmes en France. Une enquête
nationale (avec Maryse Jaspard et al.). Paris, La
Documentation française.
— (2003) Le genre comme catégorie d’analyse. Sociologie, histoire,
littérature (avec Christine Planté et al. (eds). Paris,
L’Harmattan « Bibliothèque du féminisme ».
Nancy Fraser
est la Henry A. et Louise Loeb professeure de philosophie à l’école
doctorale de la New School For Social Research à New York et
corédactrice en chef de la revue Constellations. Après avoir
reçu son PhD en philosophie à la City University of New York, elle a
enseigné à la Northwestern University (Chicago), à la Johann Wolfgang
Goethe-Universität (Francfort), à l’Université Paris 8 et à
l’Université d’Amsterdam. Elle a reçu de nombreuses bourses et prix et
a été professeure invitée dans plusieurs universités américaines et
européennes. Ses recherches portent sur « Justice et démocratie dans
un monde globalisé » et sur « Théorie féministe ».
— (2003). Redistribution or Recognition? A Political-Philosophical
Exchange (co-authored with Axel Honneth). New York & London,
Verso.
— (2005). Qu’est-ce que la justice sociale ? Reconnaissance et
redistribution (édition établie et introduite par Estelle
Ferrarese). Paris, La Découverte.
Ludovic Gaussot est maître de
conférences en sociologie à l’Université de Poitiers et membre de
l’équipe Savoirs, cognition et rapports sociaux (SACO).
Ses recherches actuelles s’inscrivent dans le cadre de la sociologie
de la connaissance et s’appliquent principalement à l’analyse des
transformations combinées des rapports sociaux de sexe et des
problématiques de sexe dans les sciences sociales.
— (2003). « Engagement et connaissance : sens et fonction de l’utopie
pour la recherche féministe ». Cahiers internationaux de sociologie,
n° 115.
— (à paraître). « Position sociale, point de vue et connaissance
sociologique : rapports sociaux de sexe et connaissance de ces
rapports ». Sociologie et sociétés.
Éléonore
Lépinard est docteure en sociologie, chercheuse postdoctorante associée à la
Chaire de recherche du Canada en citoyenneté et gouvernance de
l’Université de Montréal et au Centre d’études des mouvements sociaux
(EHESS-Paris). Sa thèse, L’égalité introuvable. Stratégies de légitimation
et mise en œuvre de la parité politique en France, portait sur les
politiques de quotas en faveur des femmes dans la représentation
politique en France et sur les débats qui y sont liés au sein du
mouvement féministe et dans l’espace public. Ses thèmes de recherche
actuels portent sur les liens entre féminisme et multiculturalisme et
sur le féminisme européen.
— (2004). « “Les femmes ne sont pas une catégorie” : les stratégies de
légitimation de la parité en France » (avec Laure Bereni). Revue
française de science politique, vol 54, n° 1.
— (2005). « Identity without Politics: How Cultural Politics Shaped
the Implementation of the Sex-Parity Law in French Local Politics ».
Social Politics, International Studies in Gender, State, and
Society (à paraître).
Carmen Mozo González
est professeure d’anthropologie sociale à l’Université de Séville
(Espagne). L’anthropologie du genre constitue son principal champs de
recherche et d’enseignement.
— (2001). El acoso sexual en los lugares de trabajo (avec Carme
Alemany Gómez et Véronique Luc). Madrid, Ministerio de Trabajo y
Asuntos Sociales, Instituto de la Mujer « Serie Estudios », n° 70.
— (2003) (eds). Antropología de los Géneros en Andalucía. De
viajeros, antropólogos y sexualidad
(avec Fernando Tena Díaz). Sevilla, Mergablum.
Eleni Varikas
est maître de conférences en sciences politiques à l’Université Paris
8 et membre du laboratoire Genre, travail, mobilités. Ses travaux
portent sur « le genre dans la théorie politique moderne »,
« Citoyenneté démocratique et exclusions ». Parmi ses publications
récentes :
— (2003) (eds). « Le paria. Une figure de la modernité » (avec
Martine Lebovici). Tumultes, n° 21-22.
— (2004). « Adorno critique de la domination. Une lecture féministe »
(avec Sonia Dayan-Herzbrun et Nicole Gabriel). Tumultes, n° 23. |
|
 |
 |
 |
 |
————————————————
Les
Cahiers du Genre ont reçu
——————————————
Ouvrages
Baider Fabienne H. (2004). Hommes
galants, femmes faciles. Étude socio-sémantique et diachronique.
Paris, L’Harmattan « Sémantiques », 271 p.
Bourcier Marie-Hélène (2005).
Sexpolitiques. Queer Zones 2. Paris, La Fabrique, 301 p.
Bué Jennifer, Metzger Jean-Luc, Roux-Rossi
Dominique (2004). Le temps partiel à l’épreuve des 35 heures.
Paris, La Documentation française « Cahier travail et emploi », 206 p.
Butler Judith (2005). Humain, inhumain.
Le travail critique des normes. Entretiens. Paris, Éditions
Amsterdam, 154 p.
Butler Judith (2005). Trouble dans le
genre. Pour un féminisme de la subversion. Paris, La Découverte,
284 p. [Préface Éric Fassin, trad. Cynthia Kraus].
Carnino Guillaume (2005). Pour en finir
avec le sexisme. Paris, L’Échappée « Pour en finir avec », 127 p.
Chapman Herrick, Frader Laura L. (eds)
(2004). Race in France. Interdisciplinary
Perspectives on the Politics of Difference.
New York & Oxford, Berghahn, 266 p.
Collin Françoise, Kaufer Irène (2005).
Parcours féministe. Bruxelles, Labor « Trace », 201 p.
Collin Françoise, Pénélope Deutscher (eds)
(2004). Repenser le politique. L’apport du féminisme. Paris,
Campagne première / Les Cahiers du Grif, 287 p.
Faure Sylvia, Garcia Marie-Carmen (2005).
Cuture hip-hop, jeunes des cités et politiques publiques.
Paris, La Dispute, 187 p.
Gauthier Xavière (2004). Paroles
avortées. Quand l’avortement était clandestin. Paris, La
Martinière, 303 p. [préface de Gilles Perrault].
Guionnet Christine, Neveu Erik (2004).
Féminins / Masculins. Sociologie du genre. Paris, Armand Colin
« Collection U », 288 p.
Harden Chenut Helen (2005).
The Fabric of Gender. Working-Class Culture in
Third Republic France. University Park,
The Pennsylvania State University Press, 436 p.
Jaspard Maryse (2005). Les violences
contre les femmes. Paris, La Découverte « Repères. Sociologie »,
122 p.
MacKinnon Catharine A.
(2005). Le féminisme irréductible. Discours sur la vie et la
loi. Paris, Des femmes, 303 p.
Maruani Margaret (ed)
(2005). Femmes, genre et sociétés, l’état des savoirs.
Paris, La Découverte, 480 p.
Mattéi Isabelle, Herck Caroline, Leblanc
Pierre (2004). Vivre son affectivité et sa sexualité. Éducation
affective et sexuelle pour adultes handicapés mentaux. Un matériel
didactique. Paris, Liège, Jeunesse et droit, 91 p.
Moulin Caroline (2005). Féminités
adolescentes. Itinéraires personnels et fabrication des identités
sexuées. Rennes, Presses universitaires de Rennes « Le lien
social », 231 p.
Negri Toni (2005). Art et multitude.
Neuf lettres sur l’art. Paris, Epel « Atelier », 90 p.
Roman Pierre (2005). Les enjeux de
l’adoption à l’étranger. Approche multidisciplinaire. Paris,
Liège, Jeunesse et droit, 167 p.
Tabet Paola (2005). La grande arnaque.
Sexualité des femmes et échange économico-sexuel. Paris,
L’Harmattan « Bibliothèque du féminisme », 207 p.
Taraud Christelle (2005). Les
Féminismes en questions. Éléments pour une cartographie. Entretiens
avec Christine Bard, Marie-Hélène Bourcier, Christine Delphy, Éric
Fassin, Nacira Guénif-Souilamas et Marcela Iacub. Paris,
Éditions Amsterdam, 179 p.
Tawa Lama-Rewal
Stéphanie (2004). Femmes et politique en Inde et au Népal.
Image et présence. Paris, Karthala, 337 p.
Vidal Catherine,
Benoit-Browaeys Dorothée (2005). Cerveau, sexe & pouvoir.
Paris, Belin, 110 p.
Winkler John J. (2005).
Désir et contraintes en Grèce ancienne. Paris, Epel,
445 p.
Revues
Contretemps,
n° 12, janvier 2005 « À quels saints se vouer ? Espaces publics et
religions », 189 p.
Multitudes,
n° 20, printemps 2005 « Architroubles : pragmatiques
architecturales », 224 p.
Nouvelles questions féministes,
vol. 24, n° 1, 2005 « Machine, machin, truc, chose : pour du féminisme
avec objets », 144 p.
Recherches féministes,
vol. 17, n° 2, 2004 « Féminisme, mondialisation et
altermondialisation », 325 p.
ISSN
1165-3558
ISBN 2-7475-9378-9 |
|
|
|
|
|
|
|